Quand Springsteen me wrecke les balls

Qu’on ne se méprenne pas.

Ceci est un article écrit par une fan de toujours.

Mais mes amis, je vous le dis sans ambages : l’heure est grave.

J’ai pourtant reculé au maximum raisonnable la publication de ce billet, écoutant et réécoutant sans cesse et sans relâche le dernier album de Bruce Springsteen, le malheureusement trop bien nommé « Wrecking ball ».

Mais je dois me rendre à l’évidence et accepter la cruelle vérité.

En tant de temps d’amour partagé (si si, le Boss aime autant ses fans que nous l’aimons), c’est la première fois que MON Bruce me déçoit à un point tel que j’ai failli en pleurer après la première écoute (sérieusement, j’en avais les larmes aux yeux pour de vrai).

J’ai l’impression d’avoir été flouée, roulée par la marchandise. C’est comme si on m’avait refilé une contrefaçon. C’est estampillé Springsteen, mais ça n’en est pas du vrai.

Car sur « Wrecking Ball », point de rock, non non, mais du folk irlandais à gogo. On sent bien l’influence des Seeger Sessions, pas de doute. Mais moi, le banjo, la flûte à six schtroumpfs, l’accordéon, le violon, les trompettes et les claquement de mains, ça va bien à petite dose, mais à haute dose, comme présentement, ça me les brise sévère.

Le violon, je dis oui comme dans « Jungleland ».

L’accordéon, je dis oui comme dans « 4th of July, Asbury Park (Sandy) ».

Les cuivres, je dis oui comme dans « 10th Avenue, freeze out ».

Mais si je veux écouter du banjo, j’écoute les Dillards, et pour la flûte, y’a Jethro Tull.

Mais là, nom de Dieu, quand j’achète une galette de Bruce, je veux du rock !!! Avec des guitares, de la batterie (et pas une saloperie de boite à rythme), du piano et de l’orgue, des vrais cuivres et pas une cochonnerie de synthé de merde !!! Mais sérieux, c’est quoi cette horreur de son de mauvaises trompettes métalliques sur le titre « Wrecking ball » ???

Et il nous fait le coup de mettre du rap, en plus !

Vous l’aurez donc compris, je suis passablement énervée. On nous a « vendu » cet album en nous disant « Attention, le Boss revient, et il est en colère ! ».

Ben y’a pas que lui, qui est en colère…

Quand le Boss est énervé, pour moi, ça donne « Darkness on the Edge of Town ».

Et pas ce machin, quoi…

En fait, je pense que c’est surtout le E-Street Band qui me manque. Certes, Danny Federici et Clarence Clemons ne sont plus de ce monde, mais quand même, c’est le groupe mythique du Boss, qui lui confère cette énergie et ce son si particuliers que j’aime tant, et que je ne retrouve en aucun cas ici…

Il n’y a qu’à écouter la version de « Wrecking Ball » datant de 2009 interprétée avec le E-Street Band pour mesurer la différence de qualité avec/sans le groupe.

C’est d’ailleurs ce morceaux qui m’avait laissé présager d’un album excellent. Ben non, d’où mon immense déception.

D’ailleurs, l’album est signé « Bruce Springsteen » uniquement… J’aurais dû me douter de quelque chose…

Je suis donc déçue. Je suis une fan blessée, trompée, triste.

Toutefois, cela ne m’empêche pas d’être (un peu) objective.

Si cet album a été accueilli si favorablement par la critique, il doit bien avoir un petit quelque chose. J’ai donc essayé de le trouver.

Première étape : s’ôter de la tête qu’il s’agit d’un album de Springsteen, et l’écouter sans a priori. Difficile, mais faisable.

Et là, effectivement, ça se laisse écouter. Pas tout, il y a des trucs bien chiants (comme jamais il ne nous en avait pondu…). Mais aussi d’agréables surprises, comme « Easy Money », « Shackled and Drawn », « Death to my Hometown » (vidéo ci-dessous), et l’espèce d’OMNI (Objet Musical Non Identifié) « We are alive », avec ses mariachi…

Toutefois, ça casse pas des barreaux de chaises non plus.

Quant au meilleur titre de l’album, à savoir « Land of Hope and Dreams », c’est loin d’être une nouveauté, et l’orchestration, les arrangements et la production ne me plaisent pas du tout (comme pour tout l’album).

Mais il y a bien un truc qu’on doit lui reconnaître, à Bruce, c’est qu’il ne se repose pas sur ses lauriers, et qu’il sait se réinventer.

Dans cet album, il réussit à faire la synthèse de tous les styles musicaux populaires / folk au sens premier du terme, à savoir « venant du peuple ». On trouve donc du folk irlandais à foison, mélangé avec de la country et de la musique tex-mex (« We are alive »), du gospel (comme à la fin de « Shackle and drawn »), du rap (oui oui… avec Michelle Moore sur « Rocky Ground »…), et forcément du blues et de la soul dans la voix magique de MON Bruce.

Un peu comme si les Pogues avaient traversé l’Atlantique et essayé d’absorber tous les genres musicaux rencontrés lors d’un périple américain.

Musicalement parlant, cet album est, je trouve, un vibrant hommage au peuple américain aux origines diverses. Il me semble qu’il doit en être tout autant au niveau des textes, que je n’ai pas encore pris le temps de lire (à défaut de les comprendre en écoutant les chansons).

Ce qu’on ne peut pas lui enlever non plus, à MON Bruce, c’est ce sens inimitable de la mélodie. Il a le chic pour composer des airs, des ritournelles, qui vous restent dans la tête dès la première écoute et pour un bon bout de temps.

En conclusion, je dirais que c’est un faux (pour pas dire mauvais…) album de Bruce Sprinsgteen, mais que ça peut être un bon album tout cout.

Sur ce, je vous laisse, je vais aller réécouter « Born to run ».

Car ça, c’est du VRAI Bruce Springsteen & the E-Street Band même si c’est pas marqué dessus…

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18 réflexions au sujet de « Quand Springsteen me wrecke les balls »

  1. en tant que fan et tu le sais je ne peux qu’aller ds ton sens mais les impératifs de la production doivent sans doutes contingenter notre idole à des aménagements musicaux plus en vogue hélas !! des baiser rocks

    • Ben en fait, je ne pense pas, Springsteen n’en a toujours fait qu’à sa tête. Je pense que sincèrement, il aime ce qu’il fait, et il en est fier, car il ne sort un album que quand il en est pleinement satisafait. C’est ce qui me fait peur, quoi… car je ne suis pas sure de le suivre là où il semble vouloir aller 😥

  2. C’est difficile, Springsteen nous a habitué à de si merveilleuses chose, entre Nebraska, Darkness, Born to run, The wild, the innocent… Jusqu’à The River. La rage n’y est plus vraiment aujourd’hui, subsiste quand même la pêche, et la dynamique du E-Street qui s’étiole (malgré tout) avec le départ inéluctable de ses membres. Le Peter Seeger session band a donné un souffle nouveau (le souvenir du concert au POPB en 2005 me fait encore dresser les poils !). Mais il a vieilli, et cet album n’est plus vraiment lui. Qui sait, il est tout de même capable de nous surprendre encore, comme après le passage plutôt moyen de Tunnel Of Love: N’oublions jamais, il est « Le Boss ».

    • Je suis assez d’accord avec toi, sauf que pour ma part, j’adore « Tunnel of Love » ! Certes, les arrangements sont discutables, mais les mélodies sont impeccables, genres Brilliant Disguise, Spare Parts, Two Faces… Pis les textes me parlent…
      Les suivants m’ont laissée un peu froide, mais j’ai été enthousiasmée par « The Rising ». Pour moi, c’est le dernier album véritablement « springsteenien ».
      Tom Joad, j’ai plus de mal, comme pour Nebraska, n’étant pas très folk…

      Mais en concert, c’est toujours grandiose… Le dernier, c’était au Stade de France pour The Rising Tour, quand ils avaient fait l’ouverture sur « Who’ll stop the rain » des Creedence… Ce pied…

      M’enfin, il est et restera le Boss, c’est clair ^^

      Au fait, welcome to my (night)mare (comme dirait Alice Cooper) et à bientôt, qui sait !

      • Haha ! Eh ben le monsieur qui s’appelle Sven, c’est celui qui préparait mes biberons quand j’étais petite, celui qui a mis du Springsteen en poudre dedans, c’est mon papa ! 😀
        (c’est que je lui ai envoyé ton article en fait ! hihi)

        • Trop cool !!!
          Ca, c’est de l’éducation !!! J’approuve !!!
          D’ailleurs, dans la voiture, quand j’amène Crapouillette Ière à la maternelle, tous les matins, elle me réclame… « Badlands » !!! Et même que des fois, elle tape dans ses mains en cadence !!! j’adore…
          Bon, sinon, tu l’as écouté, toi, ce dernier album ? T’en penses quoi ?
          Perso, j’arrive toujours pas à m’y faire…

          • Héhé c’est une Super Crapouillette décidément !!
            Je l’ai enfin entendu, ce fameux Wrecking Ball… Et ben je trouve qu’il est tout sauf enragé et énergique… Peut-être que ça se transmet davantage dans le texte, mais bon, ne l’ayant pas décrypté je ne sais pô… Il me fait un peu l’effet d’un homme fatigué qui combat un peu mollement. Pas résigné, mais peut-être assagi ! Comme si les années avaient eu raison de sa fougue. Bref, rien ne vaut ses anciens albums : fort heureusement, ça fait quand même beaucoup beaucoup de belles chansons ! Mais pour ce qui est de l’avenir musical du Boss, je suis un peu sceptique !

          • Ouf, enfin quelqu’un qui pense comme moi (et chais pas pourquoi, ça m’étonne pas) ! Parfois, j’ai l’impression qu’être fan du Boss veut dire « amen à tout ». Ben non, quoi. Par contre, pour son avenir musical, bizarrement, je ne me fais pas trop de soucis quand on voit la capacité qu’il a à se réinventer !
            Bises 🙂

    • Ben ouais, quoi… Pfff… Je m’en faisais une telle joie…
      C’est pas vraiment ramolo, en fait, les morceaux de bravoure sont hyper entrainant, son sens de la ritournelle faisant merveille dans ce style, mais c’est justement ce style qui me pose problème…

  3. J’y connais pas grand chose en Springsteen mais je trouve ton billet bien écrit et argumenté. C’est tout 😉

    • Et ben c’est déjà pas mal !!!
      Surtout que j’ai toujours eu du mal à écrire des critiques musicales ou littéraires (cinématographiques on n’en parle même pas !) Alors c’est un beau compliment, merci 🙂

  4. Ma puvre bichette, j’imagine ta déception …. Mais je dis quand même « vivement que Hugh tourne un navet en jogging » que tu nous pondes un super article …. ^^

    • Hé hé… ben si tu veux, Hugh Grant, c’est pas tant son talent d’acteur qui m’intéresse, que celui qu’il a développé dans sa bagnole garée dans une ruelle sombre avec Venus Brown ^^

  5. Je tombe sur ton article en tapotant « critique wrecking… » dans gougeul. Je suis comme toi inconditionnelle, j’ai mon billet en poche pour aller le voir à Montpellier depuis des semaines et j’ai ressenti la même déception à la première écoute, dans ma Logan. Qu’est ce que c’est que ce folklore à 2 balle, mi irlandais, mi bretonnant, et ces répétitions incessantes de plages musicales… Impossible de me souvenir potablement d’un air (à part We Take Care of Our Own déjà bien écouté sur Utube). Et puis je me suis dit : NOOOoon c’est pas possible, pas lui, le Boss merde ! ALors mercredi dernier j’ai casé les loupiots à la crèche et au CLSH et je suis restée seule avec MON (excuse moi mais en fait il est « MON » et pas « TON » 😉 Bruce dans le canapé avec les paroles sous les yeux et la chaîne en pleine face… Et là, la magie a eu lieu ! Et en deuxième écoute, j’ai trouvé le génialissisme du Bruce. Donne lui une nouvelle chance, allez !

    • Bon allez, d’accord…
      Mais tu as raison, peut-être qu’avec les paroles sous les yeux, ça va changer quelque chose…
      Cela dit, j’ai vraiment été déçue, là… Quand il a fait les Seeger Sessions, OK, il annonçait clairement la couleur. Mais là…
      J’espère en tous cas que je publierai dans quelques temps un article dans lequel je ferai mon mea culpa !
      Je vais faire un tour sur ton blog, à bientôt, j’espère 🙂
      PS : nan nan, c’est MON Bruce 😉

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