Pizza pizza !

Tu le sais peut-être déjà, ou pas encore, mais dans ce cas, ça va pas tarder, je suis à moitié calabraise par ma maman.

Et cette dernière est par ailleurs une excellente cuisinière, de laquelle j’ai quasiment tout appris.

Ma maman

Ma maman, en cuisine, un jour ordinaire…
(tavu, elle a les mêmes bottes de chez Mr André que Pamela…)

Elle m’a refilé toutes ses recettes, et notamment les recettes familiales, comme par exemple les lasagnes, les pâtes fraîches et les gnocchis maison, et la pizza.

La pizza avec la pâte à pain faite maison, pétrie avec amour par mon robot personnel, le modèle avec 3ème bras mécanique télescopique pétrisseur de miches, j’ai nommé le G2LOQ, aka Monlolo (moi, je suis du modèle LCACBC, ce qui est parfaitement compatible avec un G2LOQ).

Mais je m’égare.

Je disais donc, la bella pizza avec la pâte à pain faite maison, et avec la garniture faite maison aussi, à base de bonnes tomates fraîches ou pelées, dont tu peux varier la garniture à l’infini…

Et en général, c’est Monlolo qui fait la pizza ! Car, comme le dit la chanson de ce chef d’oeuvre du 7ème Art de Christian Gion qu’est « Pizzaiolo et Mozzarel » :

♫ « Si tu fais bien l’amour, tu sais bien faire la pizza » ♫

Pizzalolo, pizzalolo !

ù

Et crois-moi, les pizzas de Monlolo sont excellentes, hin hin hin…

D’ailleurs, certaines blogpotes y ont gouté (à la pizza, pas à Monlolo) et elles peuvent te le confirmer.

Et voilà !

Bon mercredi gourmand chez Anne-Laure T. !!!

Quoi ? T’es encore là ?

Ah mais tu croyais peut-être que j’allais te donner la recette de la pizza ! Ah ben non, j’ai pas le droit. Ma mère a foutu un copyright dessus, comme sur toutes nos recettes familiales, et m’a formellement interdit de les divulguer à qui que ce soit. Et même si c’est l’être le plus calme, doux et gentil de l’univers, dès qu’il s’agit de bouffe et de recettes familiales, faut plus déconner ou elle se transforme en mamma calabraise de légende, et là, crois-moi ça fout les jetons !

Dessin de Giovani, du blog « Giovani, dessine-moi une idée »

C’était ma participation au Mercredi Gourmand d’Anne-Laure T. !

26 réflexions au sujet de « Pizza pizza ! »

  1. Ah beh tu vois, en lisant, je me disais pas que t’allais nous la donner, que t’allais juste parler de ta mère et de la pizza. Yeah, pour une fois, je suis moins con qu’il n’y paraît. Sinon, tu me l’as fait goûter quand TA pizza ?

    • Mais c’est que tu commences à me connaître, à force !!!
      Promis, quand je viens à la Mecque, je vous en fait une (vous vous débrouillerez pour réserver de la pâte à pain chez le boulanger !)
      (vacances de la Toussaint, normalement, si j’ai tout suivi ^^)

    • Aujourd’hui, y’avait à midi : diots + riz à la tomate, et tarte pommes-poires en dessert (tout fait maison)
      Et le soir, oeufs au plat et blettes à la persillade (+ restant de la tarte, qu’a pris une tarte ^_^)
      Je t’inspire ?
      Celles-ci, de recettes, j’ai le droit de les donner, au cas où !
      A bientôt, et bon appétit !

  2. Bonjour,
    à la pizza, la dentelle sous les toits, Saint Augustin venu d’Algérie et les « pics »
    des cyprès laissent une impression d’une population errante dans ces plaines fantastiques qui parfois brûlées par l’astre solaire sans concession réchauffe les coeurs dans les fantasmes programmées par quelques cartes postales où suspendus à un tableau d’un paysagiste français venu s’accrocher à Rome où l’odeur de l’huile d’olive acérée de piments dans une flacon dont le socle en osier clair vient m’adoucir la mémoire du goût pour rafraîchir à l’ombre près d’une fontaine où l’occasion de boire un vin presque secret caché de tout tampon étatique privé lors détour de route perdu sur les carte qui ne répertorie rien sauf peut être un accès un chemin d’herbe verte tendre comme les quinze années où je regardais la peu blanche gonflée par endroit que je ne pouvais voir délicieux souvenir inaccessible laissant désirer une conversation sur une muraille entourée de chat de cigale et au matin dans la chambre au mur de veilles pierres chahuté par les rayons du soleil dans les draps blanc lourds et rêches je la cachais comme si j’eusse voulu que m^me le soleil lui laissa sa peau intacte où garder l’odeur de lait pour m’accompagner d’un café brûlant et réduit me laissant juste assez de goût amer dans la bouche et de m’empêcher de l’embrasser et regarder ses chevilles tenues chaussée Piémontaise ; et sous partions prés du lac, là où les grappes de raisins s’agrippent sur les murs près de la vielle table en fer un peu rouillée, quand dis tu ?

    et autre chose, pour une histoire, et de penser.

    L’aliénation, condition psychologique du totalitarisme

    Introduction

    Le totalitarisme ne se décrète pas (c’est une étiquette attribuée a posteriori quand on écrit l’histoire), on ne le découvre pas d’un seul coup. On peut même ne pas le voir du tout, ce qui est d’ailleurs le cas le plus fréquent.

    Même en sachant ce qui se passe, la plupart des gens a toujours le sentiment de vivre en démocratie (le suffrage universel paraît « preuve » satisfaisante ; d’ailleurs, « Si on n’était plus en démocratie, ça se saurait » – comprendre : ça se dirait – dans les médias ?!)

    Pourquoi cette acceptation passive ? Les gens sont-ils d’accord, sont-ils convaincus du bien fondé de la généralisation du contrôle social que nous subissons aujourd’hui ? En fait, ce n’est pas par la conviction que les idéologies totalitaires arrivent à s’imposer. Voici comment Hannah Arendt décrit les conditions psychologiques préparatoires au totalitarisme :

    « La préparation [au totalitarisme] est couronnée de succès lorsque les gens ont perdu tout contact avec leurs semblables aussi bien qu’avec la réalité qui est entoure ; car en même temps que ces contacts les hommes perdent à la fois la faculté d’expérimenter et celle de penser. Le sujet idéal du règne totalitaire n’est ni le nazi convaincu, ni le communiste convaincu, mais l’homme pour qui la distinction entre fait et fiction (i.e. la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (i.e. les normes de la pensée) n’existent plus. » [Dans de telles conditions,] « le rapport au monde comme création humaine est brisé »1.

    Cette préparation psychologique, qui permet d’obtenir la soumission sans coercition par intériorisation du contrôle social, et qui porte atteinte à la capacité de juger par soi-même, et finalement de penser, c’est l’aliénation.

    1. L’aliénation

    C’est un concept à prendre avec des pincettes : il est scientifiquement discutable, et politiquement délicat. Mais nous en avons besoin, il nous faut donc le réhabiliter de toute urgence.

    Scientifiquement

    Au sens initial (tel que théorisé par Karl Marx), l’aliénation s’applique au travailleur privé d’une partie de lui-même : ce qu’il a engagé de lui dans le processus de production, au profit d’un autre (alienus). L’aliénation décrit ainsi une situation objective d’exploitation, dont le corrélat subjectif renvoie à la conscience et à l’identité : l’aliéné devient un autre, n’est plus lui-même.

    Aujourd’hui, l’aliénation peut apparaître comme un « pseudo-concept ». En effet son sens a été trop étendu pour rester scientifique. Tout malaise dans la société peut être exprimé en termes

    -Un sens : l’aliénation se rapporte aux modes de pensées et aux comportements par lesquels l’opprimé aide l’oppresseur, le dominé sert les intérêts du dominant, l’exploité perpétue les conditions de son exploitation, etc. L’aliéné « positive », il est privé de liberté mais il ne s’en rend pas compte.

    -Une théorie : la reproduction. La théorie de la reproduction idéologique explique comment se propagent, en bas de l’échelle sociale, les croyances, aspirations, modes de pensée, qui favorisent la reproduction sociale (notamment la perpétuation des hiérarchies et des inégalités sociales).

    L’identité aliénée

    Portrait-type (du point de vue socio-économique) politiquement incorrect d’un type d’individu aliéné : le « beauf », à travers un ensemble de caractéristiques (opinions et conduites) :
    -goût pour la violence, possession d’armes à feu, de chiens tueurs ;
    -goût pour les grosses voitures (4×4) ;
    -mode de consommation : le supermarché ; goût pour les marques ;
    -téléphagie : consommation de séries américaines, de reality shows, de matchs de foot, etc.
    -mépris pour la culture (« les livres c’est ringard »), anti-intellectualisme.
    -goût pour les équipements technologiques de pointe ;
    -attitudes sociales : mépris pour les plus pauvres, racisme, vote d'(extrême) droite ou se dit « sans opinion » politique.

    Ces caractéristiques « vont ensemble », elles sont co-occurrentes. Elles dressent le portrait d’une catégorie sociale – non pas « pauvre », mais ayant un capital économique faible, et un capital culturel nul.

    On a le sentiment à la lecture de cette description qu’il y a quelque chose d’incorrect, voire de dangereux, à décrire ainsi un groupe social (seul le registre de l’humour autorise à décrire le « beauf ») ; qu’il y a derrière cette description quelque chose comme un « racisme de classe » (élitisme des classes dominantes cultivées, qui méprisent les « masses », incultes). Comme si cet ensemble là, cet habitus2, définissait « le Peuple », la « culture populaire ».

    Or il n’en est rien. La culture populaire se rencontre de moins en moins. Pourtant elle a existé : citons par exemple la chanson française (Édith Piaf, Georges Brassens …), les western spaghetti, le cassoulet ou le pot-au-feu, etc. La culture populaire est associée à l’identité populaire : fierté d’être du peuple, et valeur de ces attributs signant l’appartenance au peuple. A contrario le 4×4 tire sa valeur justement de ce qu’il signe une appartenance supérieure -ou du moins la représentation que l’on se fait le plus souvent de cette appartenance, les modes de consommation de la grande bourgeoisie étant en fait largement méconnus, et ses revenus fortement sous-estimés.

    Ces caractéristiques peuvent se lire comme indices d’une identité aliénée :

    -Aliénation au niveau des représentations d’abord : investissement de tout ce qui représente la puissance, la domination. Se représenter comme dominant quand on est dans la partie inférieure de l’échelle sociale, c’est construire une identité illusoire qui permet de rester à sa place (Cf. la fonction de reproduction : cette représentation que l’on se fait de son identité, et plus largement de la valeur sociale, est la plus adaptée à la reproduction). En somme, pour l’individu aliéné, l’estime de soi suppose d’afficher une appartenance qui n’est pas la sienne (identification à une classe supérieure, telle qu’on se la représente), et ce en jouant sur des signes (construits par la publicité). L’identité aliénée tient donc exclusivement à des signes, c’est-à-dire in fine au regard de l’autre : c’est une hétéronomie3 absolue.

    -Aliénation au niveau des conduites ensuite : adoption de conduites favorisant la reproduction. Notamment l’anti-intellectualisme qui conduit à mépriser les outils d’émancipation que sont les outils culturels ; et ce faisant, à s’interdire de penser sa condition, sa place dans la société. Sur le plan social : adoption de conduites d’isolement sécuritaire, de rivalité, de compétition… allant à l’encontre de la solidarité. Sur le plan économique : consommation de masse (produits des multinationales, grande distribution, etc.), au profit du grand capital plutôt que des acteurs économiques locaux.

    Une perception déformée du monde

    L’aliénation est une perception « déformée »4 du monde ; en premier lieu une perception déformée de la place qu’occupe l’individu dans le monde, de son rapport à la société.

    Exemples :

    -L’accès à la consommation : « je consomme donc je ne me sens pas exclu, pas pauvre » ; le consommateur aliéné peux développer une identité sociale positive. Par la consommation, il va pouvoir vivre dans l’illusion d’appartenir à une condition sociale supérieure à celle à laquelle il appartient effectivement. Exemple : le sur-endettement (phénomène relativement nouveau) : cela concerne des gens qui se sont endettés, via le crédit, au-delà de ce qu’ils pouvaient rembourser. Ils ne sont ni objectivement pauvres, ni n’ont le sentiment d’être pauvres – quand on a le sentiment d’être pauvre, on considère d’entrée que la voiture, le super écran plat ou le salon en cuir ce n’est pas pour soi.

    -En matière de positionnement politique : pourquoi les masses populaires votent-elles le plus souvent contre leurs intérêts ? (les riches ne se trompent pas, eux). Sont-elles « bêtes par nature », et souhaitent-elles rester dans leur condition ?

    En matière sociale : l’individu aliéné est contre les services publics, contre l’aide sociale en général (et les dispositifs de solidarité, de répartition, etc., contre l’État en tant que premier agent dans la redistribution des richesses), contre le droit du travail ; pour les allègements fiscaux de tous ordres (qui bénéficient d’abord aux plus riches), etc.

    Comment l’expliquer ?

    -Les explications simplistes : les masses sont manipulées par le marketing, la propagande. Toutefois ces manipulations ne marchent que sur les gens non informés. D’où une explication normative (« psychologisante », cf. §2) : ils ne s’informent pas sérieusement car ils ne sont pas motivés, pas intéressés, intellectuellement paresseux. La preuve : ce qu’ils regardent à la télévision (TF1 plutôt qu’Arte), ils ne lisent pas, etc.

    -Une explication plus sérieuse : le « sentiment de l’indignité culturelle » (Bourdieu)5. Ils considèrent qu’Arte, ce n’est pas pour eux. Si un objet porte l’étiquette « culturel » ou « intellectuel », alors c’est a priori trop compliqué et ennuyeux. Donc ce n’est pas un problème de nature psychologique, mais un problème de représentation sociale, d’identité, de positionnement social.

    -Autre élément de réponse : l’identité aliénée. Les « pauvres » (dominés) qui votent en faveur des dominants, ont-ils le sentiment de voter contre leurs intérêts ? Non, s’ils projettent leur identité à un niveau supérieur de la hiérarchie sociale. « Je ne me sens pas du tout du côté des pauvres, des exclus, des assistés, qui sont paresseux etc. Je n’ai rien à voir avec ces gens là, j’ai au contraire un tempérament de gagnant, donc je vote du côté des gagnants ». C’est à dire du côté de celui qui va gagner (comme l’indiquent les sondages).

    Donc ce qui est en cause dans l’aliénation c’est une identité sociale, associée à un sentiment de valeur, le tout en rapport avec une appartenance catégorielle.

    Finalement, l’aliénation ne repose pas sur l’adhésion à une idéologie particulière – même si la vision partagée (médiatique) du monde est idéologique -, mais sur un certain modèle (non conscient, mais qui opère comme référence constante), normatif, de l’individu et de la société ; le modèle auquel on tente de s’identifier, et à l’aune duquel on juge automatiquement ses propres conduites comme celles des autres. Ce modèle, Beauvois le nomme « Modèle Normatif de l’Individualisme Libéral » (MNIL).

    2. Le modèle normatif de l’individualisme libéral, support psychologique de l’aliénation

    Ce que je fais reflète ce que je suis…

    Résumé succinct, sous forme de prescriptions, de ce modèle :
    « Vois en toi-même et dans ta personnalité l’origine de ce que tu fais et de ce qui t’arrive…essaye, à travers les significations de tes comportements, de reconnaître cette réalité qu’est toi même au coeur des situations dans lesquelles tu te trouves… efforce-toi de ne partager cette réalité avec nul autre… et apprends à bien distinguer cette réalité de celle d’autrui… essaye aussi souvent que tu le peux de faire reluire6 cette réalité dans tes relations interpersonnelles, etc… » (Beauvois J.-L.)7

    Dans ce modèle, le fondement de l’identité est la « nature psychologique » (ou « personnalité »), conçue comme indépendante de toute appartenance catégorielle. De manière générale, la « personnalité » est conçue comme cause première de ce qui nous arrive. L’environnement, social en particulier, n’est jamais mis en cause comme déterminant des conduites humaines. Ainsi, nous croyons que nos conduites nous ressemblent, révèlent notre personnalité, en même temps que nous occultons ce qui, dans notre environnement, a pu le déterminer. Bref : nous nous croyons libres (autonomes). Au travail en premier lieu : il n’est plus besoin d’ordres, et la hiérarchie peut bien se parer d’égalitarisme dans les rapports interpersonnels : les agents font quand même ce qu’ils doivent faire.

    La référence à la « liberté » suffit d’ailleurs pour obtenir des conduites de soumission, sans que les gens aient le sentiment de s’être soumis ; et même : les gens doivent se croire libres pour interpréter leurs propres conduites comme reflétant ce qu’ils sont, plutôt que comme contraintes.

    Illustration par une expérimentation classique en psychologie sociale.

    On demande aux gens de faire quelque chose qui va a priori contre leurs goûts ou leurs attitudes (par exemple : demander à des étudiants de trouver des arguments justifiant les sanctions contre leurs camarades mobilisés au printemps 2009 ; on vérifie au préalable qu’ils sont absolument contre ces sanctions) et on leur dit qu’ils sont tout à fait libres d’accepter ou de refuser de le faire ; puis on vérifie de nouveau leur attitude par rapport à ces sanctions. Résultat : ils ont changé d’attitude, dans le sens d’une moindre condamnation.
    Tandis que si on les contraint à le faire (par exemple en leur disant : « Vous devez faire ce travail pour valider votre année »), on n’observe aucun changement d’attitude. (Remarque : le taux d’acceptation de la tâche est le même -supérieur à 90% -dans les deux cas).

    De manière générale, nous cherchons à donner sens à nos conduites. Et l’individualisme libéral nous amène automatiquement à chercher ce sens en nous-mêmes. Cette tendance générale à relier ce que l’on fait à ce que l’on est, a un corrélat tout à fait utile à la reproduction : l’oblitération de l’influence de l’environnement social. Quand nos comportements sont contraints, si nous ne parvenons pas à reconnaître que nous sommes soumis, alors nous nous aliénons, car nous modifions nos façons de penser pour qu’elles s’ajustent à nos comportements.

    Exemple d’une situation aliénante entre toutes : l’entretien d’embauche

    -Ce que je suis : quelqu’un qui est dans le besoin. J’ai besoin de travailler, pour manger, me loger… C’est la raison pour laquelle je suis là.

    -Ce que je dois dire que je suis : un gagnant, dynamique, etc. Donc je positive ! (même avec trois mois de loyer de retard et un frigo vide), j’y crois, je vaux mieux que les autres ; travailler plus pour gagner plus, moi, ça me va…

    -Ce que je dois être : allégeant (amen aux valeurs de l’entreprise, amen aux conditions de travail – embaucher à 5h du matin, non non ça me gêne pas… Je suis un gagnant… soumis !).

    En résumé : je dois montrer que je suis un gagnant tout en faisant comprendre que je suis obéissant.

    L’aliénation de la conscience de soi se produit dès lors que l’on ne perçoit plus ce décalage. On devient alors le personnage que la nécessité nous amène à jouer. On le devient d’autant plus facilement que l’identité catégorielle est fragile (pas de refuge possible dans une appartenance communautaire qui n’existe plus).

    … et ma position sociale reflète ma nature psychologique

    Le modèle normatif du « gagnant » : la « valeur économique » comme support de l’identité

    Dans les « démocraties libérales », être socialement inséré c’est avant tout avoir un travail pour avoir de l’argent. C’est l’argent qui insère, non le travail – secondairement le travail -; ainsi un rentier n’est pas un « exclus », ni à ses yeux, ni aux yeux des autres. De même il y a de plus en plus de travailleurs précaires aux revenus insuffisants pour lesquels l’insertion est problématique. Mais être « inséré » est-ce la même chose qu’être « socialisé » ?

    La valeur économique est devenue le seul fondement de la valeur sociale. De cela découle le besoin de s’approprier les attributs perçus comme socialement valorisés ; par exemple la (grosse) voiture : dans les classes dominées, elle est vue comme signe de prestige social, de puissance, etc. L’estime de soi est liée à la capacité de s’approprier ces signes (un signe est par définition destiné à être affiché). C’est ce sur quoi joue la publicité : elle transforme les produits en signes sociaux.

    La disjonction entre les jugements et les conduites

    Paradoxe : l’identité ne se construit plus que sur la base d’une hiérarchisation économique des individus, et en même temps, elle ne se représente plus que comme « individuelle ». La valeur économique, c’est la valeur personnelle. Ainsi la « personnalité », pensée comme ce qui fait de chacun de nous quelqu’un d’unique, et concept clef de la représentation identitaire, se définit en fait objectivement sur une seule base : le niveau de revenus… La personnalité, c’est le compte en banque : derrière les personnalités valorisées (ceux qui ont l’esprit d’initiative, qui sont des battants, qui prennent des risques, qui sont créatifs, etc., bref : les gagnants), il y a une catégorie sociale : les riches. Et derrière les personnalités dévalorisées (fragile, modeste, frileux, ayant besoin de sécurité, peu ambitieux, etc.), il y a les « gagne-petit », voire carrément les perdants, c’est-à-dire : les pauvres. Et l’uniformité des références normatives (les catégories de référence -celles dont les attributs sont valorisées – sont les mêmes pour tous) est masquée par un discours normatif valorisant la diversité, le fait « d’être soi-même », différent des autres, etc.

    Cette disjonction entre la façon dont nous croyons construire nos jugements et les critères qui en réalité les sous-tendent, est caractéristique de l’aliénation. Elle reflète l’anomie pathologique dans laquelle sont engagées les démocraties libérales, anomie qui se traduit par un décalage généralisé

    3. La pathologisation de l’écart à la norme

    Désobéissance, insoumission, non conformisme

    L’aliénation amène à prendre les conduites les plus conformes pour l’expression la plus affirmée de son individualité propre8. Pour « faire reluire » sa personnalité, personne en effet ne songera à se dire soumis et conformiste ; pour continuer à se penser libre, il est nécessaire de percevoir ses conduites de soumission comme reflétant sa propre « nature psychologique ».

    Qu’en est-il alors de la perception des conduites effectivement non conformes, de la marginalité, ou encore de la désobéissance et, plus largement, de l’insoumission ? Les interventions précédentes ont largement illustré la pathologisation répressive des conduites non conformes – par exemple : l’ « indocilité » des jeunes enfants comme trait de personnalité prédicteur de la délinquance (rapport de l’INSERM). On peut compléter l’illustration sur un autre registre, en évoquant le stéréotype du militant (s’il défend autre chose qu’une identité partisane) : pas tout à fait adulte mais adolescent, car il refuse le « principe de réalité » (il refuse de se soumettre aux faits), il est nécessairement malheureux (déviance entre toutes : il faut positiver, être bien dans sa peau, etc.), il est « extrémiste » (comprendre : potentiellement violent), « totalitaire » puisqu’il veut imposer ses idées (alors que les idées, ça ne doit pas se discuter, c’est comme les goûts et les couleurs : une affaire de personnalité), et ses motivations sont pathologiques : l’intérêt collectif ? Il faut être ou idiot, ou fou, pour ne pas considérer au premier plan son intérêt particulier (lequel ne peut être sérieusement conçu, dans l’individualisme libéral, que dans l’opposition à l’intérêt d’autrui – compétition oblige).
    Bref : personnalité pathologique susceptible de devenir dangereuse, terroriste en puissance, il doit faire l’objet d’un contrôle social et justifie l’instauration d’un système répressif qui ne sera pas du tout perçu comme politique.

    Le chômage comme problème psychologique

    Les « non insérés », les précaires, sont eux aussi à surveiller – car potentiellement délinquants. La question de l’ « insertion » est en tout cas raitée comme problème psychologique. « Insertion » : un terme qui rend compte de l’émergence, dans les années 1970-80, d’un nouveau mode d’encadrement du non-emploi – réponse étatique au « chômage des jeunes, à l’exclusion, etc. » La clef (actuelle) de ce nouveau mode d’encadrement est la « logique du projet ». En même temps a été introduite la notion « d’employabilité »9 (donc le chômeur : un inemployable ?)

    A partir de l’instauration du RMI (Revenu Minimum d’Insertion, décembre 1988), on assiste à une

    Le chômeur est donc devenu « inemployable », puis « anormal d’entreprise ». D’où finalement l’intervention des psychologues : il ne s’agit plus d’un problème social ou économique, mais d’un problème psychologique. Le chômeur est un inadapté, un « handicapé social ». Les difficultés d’insertion professionnelle sont perçues comme incapacités, inaptitudes ; d’où la nécessité d’une « réadaptation » (rééducation) sociale et professionnelle.

    C’est en même temps bien sûr la cause de la situation d’exclusion qui est représentée d’une façon particulière : elle n’est pas due au contexte social mais aux caractéristiques de la personne.

    L’identité des « exclus »

    De ce qui précède découle un problème d’estime de soi pour les gens qui ne se sentent pas socialement insérés : la honte d’être pauvre. Cette honte est la posture la plus favorable à la perpétuation de cette condition ; et cette honte -tout comme la fierté d’être riche -relève de l’aliénation, car la pauvreté y est assimilée à un trait personnel (et non vue comme une caractéristique socio-économique), et elle met en cause la valeur de soi (assimilation entre valeur et pouvoir d’achat).

    Pourquoi le fait d’être « exclu » devient-il un problème identitaire (et pourquoi le fait d’être démuni fait-il de nous un exclu) ? Nous considérons comme allant de soi, comme « normal », évident même, que précarité et fragilité psychologiques aillent de pair. Mais ce faisant nous oublions que la pauvreté n’est exclusion sociale donc fragilité, que dans un certain contexte idéologique : celui de l’individualisme libéral. Et de plus, par cette association automatique entre précarité et fragilité, ce qui passe pour conséquence « normale » de la précarité peut en même temps avoir le statut explicatif plus ou moins implicite de cause initiale (détermination psychologique de la précarité).

    Conclusion : où est passée la société ?

    Ce qui est absent de l’univers mental de l’aliéné – de l’adapté comme de l’inadapté -, c’est le social, le collectif. La société est simplement vue comme un agrégat d’individus, qui tous poursuivent leurs intérêts propres. Elle est conçue comme une organisation qui émerge d’elle-même, un « système complexe », donc en définitive inintelligible. Nous ne sommes plus capables de nous la représenter – et surtout pas comme création humaine. Castoriadis parlait à ce propos d’ « effondrement de l’auto-représentation de la société » :
    « Il ne peut pas y avoir de société qui ne soit pas quelque chose pour elle-même ; qui ne se représente pas comme étant quelque chose (…) Tout individu doit être porteur (…) de cette représentation de soi de la société. C’est là une condition vitale de l’existence psychique de l’individu singulier. Mais (…) il s’agit aussi d’une condition vitale de l’existence de la société elle-même »10

    Les repères médiatiques

    Nous ne trouvons plus autour de nous de « communauté » d’appartenance (groupe – famille ou plus, micro-société), qui serait en même temps lieu privilégié de la comparaison sociale – entre individus. Par exemple : j’ai des rides, des bourrelets, etc. Suis-je quand même « pas trop mal » ? je regarde autour de moi, les personnes de mon sexe et de mon âge, pour « m’évaluer ». Mais si je ne dispose pas de ces repères normatifs dans ma communauté (repères dont j’ai besoin), où les trouver ? Dans les médias de masse. Les normes et valeurs de nos sociétés sont avant tout diffusées par ces médias (la publicité en premier lieu).

    D’où l’uniformité des gens dans les « démocraties libérales » : les modèles identitaires sont issus des panoplies publicitaires, et non plus de notre environnement social immédiat. Être jeune, beau et riche devient alors condition de l’estime de soi.

    La référence collective, l’humanité

    La société n’existe plus au-delà de la représentation médiatique qui en est donnée. Le social n’est plus représenté comme constitutif de notre identité. Celle-ci est pensée dans la différence d’avec autrui, et plus du tout dans la mêmeté (caractère de ce qui est identique) à autrui. Le socle premier de l’aliénation est l’absence d’ancrage collectif de la représentation de soi, et en premier lieu d’ancrage dans l’appartenance humaine. Et même, la mise à distance de toute référence collective est devenue condition première de l’affirmation identitaire.

    L’illustre par exemple le rejet normatif de tout ce qui rappelle que nous sommes tous faits de la même matière biologique (le vieillissement maintenant considéré comme pathologie dont il faut effacer les traces – rides, cheveux blancs… -, les poils (féminins en tout cas) qu’il faut éliminer jusque sur le sexe, la médicalisation de l’accouchement, de la ménopause, la pathologisation («syndromes » en tout genre) de tout écart à la « norme » (en fait : écart à une moyenne statistique) – tout particulièrement chez la femme, évidemment plus éloignée de la normalité, médicale comme esthétique, que l’homme.-, etc. Et aussi la pathologisation de tout « débordement » émotionnel, de la sexualité infantile, bref : de toute expression pulsionnelle.
    L’aliénation c’est finalement l’inscription en nous-même de l’idéologie des dominants. Son inscription dans notre psychisme et dans notre corps (« l’incorporation de l’idéologie dans la cuirasse caractérielle de l’homme moyen » (Reich11). Elle est d’autant moins repérable qu’elle s’inscrit au plus profond de notre intimité.

    • Whoo, ça c’est du comm’ !
      La première partie est magnifique, comme d’habitude, génératrices d’images, de sons, de parfums… Je sentais même la chaleur sur ma peau… (toutefois, j’ai un peu de mal à lire sans ponctuation, mon côté matheux, sans doute ^^)

      Quant à la deuxième, je ne peux qu’approuver.
      La théorie de la reproduction de Bourdieu, « les héritiers » de Bourdieu et Passeron… J’ai « malheureusement » beaucoup apprécié ces bouquins.
      Dans tout ce que tu écris, c’est surtout le passage sur la beaufitude et la culture populaire qui a retenu mon attention.
      Comme tu as pu le remarquer ici, j’adore la culture populaire. Aldo Maccione, « la 7ème compagnie », Annie Cordy, les bonnes blagues graveleuses, et les gros mots… Je vise à réconciler culture populaire et Culture, tout comme l’a si bien fait Brassens, qui reste pour moi le summum. Je viens du peuple (je n’en suis ni fière ni honteuse, c’est un fait, je ne renie ni ne revendique mon appartenance au monde ouvrier), j’ai reçu une bonne éducation grâce à notre pays, tant critiqué mais quand même pas si mal quand il s’agit d’égalité des chances en terme économique, et j’adore mélanger le tout, pour jouer, ouvrir les esprits… Je suis encore loin des élites, j’en ai conscience, mais faut bien commencer ^^

      • je suis du peuple, aussi, même un pecno suivant les critères des revues mortifères de l’économie papetière bavardes qui ferment même l’intention de penser ! je ne suis le chantre de rien du tout, juste le plaisir de vivre, le désir d’un païen, Brassens a certainement lu un tas de poèmes dans la petite bibliothèque municipale parisienne, c’est ce qu’il a fait d’unique et de toute ou presque ça vie il a vécu… aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous on veut ressembler à un tel où une telle… on s’enferme dans des boites destructrices de la vie même, les traditions de nos ancêtres et ce que l’on peu vivre là maintenant, c’est pas mieux ?

        par moi même

        • J’aime aussi être unique, mais je me construis à coups d’opposition, certes, mais aussi grâce à des modèles, des mentors… Mais je reconstruis et recompose tout, essayant de me trouver 🙂

  3. Mais comment veux-tu que je garde mon sérieux la prochaine fois que j’irai au camion à pizza du bled !!! Entre la vidéo, cultissime effectivement, et l’article je ne verrai plus les pizzas (et les pizzaïolos) de la même manière 😉

  4. tu sais que j’en rêve de goûter un jour une vraie pizza italienne ! j’ai pourtant été en voyage scolaire en sicile en terminale mais on n’a eu que des pâtes et des escalopes milanaises (j’ai trouvé ça bizarre d’ailleurs étant justement en sicile, bref) mais comme disent les siciliens : ici ce n’est pas l’Italie … j’en conclue donc qu’il faut que je passe par le continent pr goûter ces fameuses pizzas … j’espère aller à Rome en voyage de noce 🙂 en ts les cas si tu livrais à Perpignan ça m’arrangerait 😉

    • Tu sais quoi ? Je suis jamais allée en Italie ! Et ce qu’il y a de pire, c’est que tous les gens que je connais qui y sont allés disent que c’est là bas qu’ils ont mangé les pizzas les plus dégueulasses de leur vie… (bon, certes, ce sont toujours des personnes à budget modeste, mais même quoi !!!)
      Pour la livraison, je sais pas, par contre ! Vu les conneries de la Poste depuis la privatisation, c’est peut-être risqué… à moins que tu ne craignes pas la pizza moisie 😉

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