Comment lire des livres cochons sans avoir l’air d’y toucher

Attassion !!!

(et c’est pas des conneries)

A moins que tu ne vives en Bourgogne dans le trou-du-cul du monde (si si, je te jure, regarde la photo en-dessous) (tu confirmes, Anne-Laure T. !) tu as forcément entendu parler du bouquin de cul pour bobonne, comme dit Monlolo (oui, même lui connait, t’as qu’à voir) qui s’appelle « Fifty shades of Grey », lamentablement traduit dans notre belle langue en « Cinquante nuances de Grey » ce qui ne veut rien dire contrairement au jeu de mot briton.

(ah oui, la riante Bourgogne…)

(clique →  ← pour lire ô combien la Bourgogne est une charmante région)

Mais revenons-en à notre livre de fion pour ménagère de plus ou moins 50 ans. Je ne l’ai pas lu, je n’ai pas envie de le lire, je laisse cet honneur à Brenda, ma poulette élevée au grain qui en a un (de grain), et qui a besoin d’un petit exutoire

Toutefois, j’aime à imaginer notre amie Marie-Claude, toute émoustillée en sortant de sa librairie préférée avec le précieux opuscule serré fermement contre sa plus trop ferme poitrine, s’installant confortablement sur le siège en skaï du bus 69 la ramenant à son pavillon de banlieue, commençant la lecture de son roman à la couverture lêchée pas comme elle…

Avec le tapage médiatique auquel le livre a eu droit, maintenant dans le bus 69, tout le monde sait que ♫ MARIE-CLAUDE EST UNE COCHONNE-EUH !!! ♫

Eh oui, ce livre qui se voulait un bouquin érotique discret est devenu l’emblème de la femme pas épanouie de la zone Q.

Alors, chère Marie-Claude, laisse-moi te donner un bon plan pour lire des livres de cul dans le bus sans pour autant passer pour une chaudasse en manque (oui, je suis triviale)

Tourne-toi contre le mur vers la littérature française, vers nos grands auteurs classiques, qui eux, savent écrire. Je te propose de commencer par « Justine ou les malheurs de la vertu » du Marquis de Sade (mais saches qu’après, tu ne regarderas plus jamais un moine de la même manière).

Bon certes, tu argueras que Sade écrit en gros sur la couverture, c’est pas hyper discret, tout comme la femme à poil(s). C’est un fait. Mais tu as toujours l’excuse de dire que tu dois le lire pour enrichir ta culture sur les moeurs et la politique post-révolutionnaire du XVIIIème et l’abolition des lettres de cachet. Et que les femmes à poil sur les peintures, ça s’appelle les oeuvres d’art et que même que y’en a plein les musées.

Mais je te préviens quand même, Sade, ça secoue.

L’autre option, c’est de lire deux de nos plus grands poètes nationaux, qui se sont associés pas seulement dans le vice, mais aussi dans l’écriture, j’ai nommé Verlaine et Rimbaud. Et c’est par hasard que je suis tombée sur une perle de la littérature cochonne, j’ai nommé le recueil de poèmes « Femmes – suivi de : Hombres ».

A l’époque, j’étais étudiante sans le sou à Grenoble, et je me perdais souvent par plaisir dans la grande librairie dont-je-ne-me-rappelle-plus-le-nom qui vendait des stylos Mont Blanc, et forcément, des livres. Je sais pas si tu te souviens, mais à une époque, un gentil ministre avait pondu un truc connu sous le nom de « Livre à 10 francs ». Une aubaine pour l’apprentie chimiste fauchée que j’étais !

Un jour, en fouillant dans le présentoir leur étant dédié, que vois-je de mes petits yeux ébaubis ? Un recueil de poèmes de Verlaine à la couverture toute stevejobsienne, que je ne connaissais pas, dis donc !

Je venais de finir la relecture des « Fleurs du Mal » de Baudelaire (tu te souviens comme on aime à se complaire dans les trucs dark quand on est ado…), et je me suis dis que pour 10 balles, une demi-pomme, ça mange pas de pain, et que je ne risquais rien. J’achetai donc ce petit fascicule et regagnai ma chambre à la Cité U.

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’en entamai la lecture !

Ouverture

Je veux m’abstraire vers vos cuisses et vos fesses,

Putains, du seul vrai Dieu seules prêtresses vraies,

Beautés mûres ou non, novices ou professes,

Ô ne vivre plus qu’en vos fentes et vos raies !

Le ton était vite donné, et à la lueur de ces quelques vers luisants de stupre, je ne vis plus une pomme sur la couverture, mais plutôt l’espèce élevée par les conchyliculteurs (et c’est même pas un gros mot).

Non ?

Mais si, regarde !!!

Cela dit, c’est un peu ma faute, j’aurais dû lire la 4ème de couverture, aussi…

« Femmes et Hombres ont été composés en 1889 et 1891. Publié d’abord sous le titre D’Aulcunes et sous pseudonyme, Femmes fut saisi par la police : Hombres paraît seulement en 1903, après la mort de Verlaine, avec la mention : « Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part. » Longtemps mis à l’index, les poèmes qui composent ce recueil sont d’une sensualité extrême empreinte d’élégante luxure. »

Et c’est pas peu dire !

Bien évidemment, il m’a accompagné dans la découverte de ma vie de femme (t’as vu comme c’est bien dit ?), et tout naturellement, je l’ai fait lire à Monlolo, qui a même mis en musique un des poèmes, nommés « Idylle high-life » dont les deux premières strophes sont :

(je suis obligée de mettre des *bips*, quand même, je te laisse trouver les voyelles shuntées…)

(Mineur, dégage, c’est pas pour toi)

(les mineurs majeurs, vous pouvez rester, hein)

(les mineurs… le métier, là…)

Bref, « Idylle high-life » donc…

La galopine

A pleine main

Br*nle la p*ne

Au beau gamin

Hu hu, c’est autre chose que les cinquante nuances du gris, hein ?!

Cela dit, le soir où Monlolo, un peu aviné, l’a entonnée à la guitare au milieu d’une assemblée de convives arborant un beau panel de manches à balai dans le derche (ceci expliquant sans doute l’état « avancé » de mon cher et tendre), je ne sus plus si je devais rire ou pleurer. J’ai bien évidemment choisi la première option, l’aidant même à retrouver les paroles qu’il avait oubliées.

Ou comment se bâtir une solide réputation.

Mais ceci est une autre histoire.

Je te laisse donc présentement dans les bras de Verlaine ET Rimbaud pour découvrir et savourer le sonnet qui clôture le recueil et qui clôturera mon article, le splendide…

Le sonnet du trou du cul

Obscur et foncé comme un œil violet

Il respire, humblement tapi parmi la mousse

Humide encor d’amour qui suit la pente douce

Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.

 

Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,

A travers de petits caillots de marne rousse,

Pour s’en aller où la pente les appelait.

 

Ma bouche s’accouple souvent à sa ventouse

Mon âme, du coït matériel jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots

 

C’est l’olive pâmée et la flûte câline

C’est le tube où descend la céleste praline

Chanaan féminin dans les moiteurs éclos. 

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38 réflexions au sujet de « Comment lire des livres cochons sans avoir l’air d’y toucher »

  1. Hé! Dis donc! Je ne lirais pas 50 shades of truc! (ou alors en poche quand il sera soldé sur price minister!)

    • La Bourgogne est une région formidable… Laisse-toi contaminer, au son de « Chéri, passe-moi tes microbes ! »
      Ah ben oui, dans le genre, San Antonio est pas mal non plus !!! Il a fait mon éducation sexuelle quand j’étais au lycée, lui 😉

    • ♫ Dark Gally est une cochonne-euh !!! ♫
      Bon, Marie-Claude, enlève ton masque, on t’a reconnue !
      (Marie-Claude : prénom le plus donné en France en 1962, donc forcément le plus répandu chez la ménagère de + ou – 50 ans ^^)
      Hé hé !
      Mais moi aussi je suis une cochonne, mais une cochonne qui s’assume et qui ne se planque pas derrière une couverture avec une cravate (cravache ?) !

  2. Ma Crapaude, tu m’as encore fait bien sourire ! Je regardais justement un reportage sur Fifty shades of Grey ce matin et j’avoue être intriguée (non, ne me fustige pas) même si j’ai encore pas mal de temps devant moi avant de devenir une desperate housewive cinquantenaire… J’avoue ne pas être très poèmes mais je retiens Justine ou Les malheurs de la vertu (titre ô combien prometteur, lol) ! Plein de bisous

  3. Je ne connaissais pas le sonnet du trou du cul, mais j’aime !!! 😉 Tu testeras les onze mille verges d’Apollinaire, dans le genre, je pense qu’il y a de quoi rougir un peu plus qu’avec Mr Grey… En tous cas ton article m’a bien fait rire et m’a renvoyé à un fou rire d’il y a peine quelques jours, quand à l’aéroport de Marseille, un MONSIEUR quelques mètres devant moi dans la file de contrôle, attaquait « goulument » le Fifty Shades of Grey qu’il venait visiblement d’acheter dans l’aéroport. Ca m’a fait rire. Ca m’a étonnée aussi qu’un mec lise ça. Il aurait mieux fait de te lire d’abord ! 😉

  4. Je crois bien que je ne lirais pas ce livre ( Fifty shades … ) …. Par contre, as-tu vu la pub Amazon qui est excellente !! Si tu n’as pas eu ce plaisir , je te conseille d’aller voir sur le blog de Matchings Points ….

  5. Rimbaud, Baudelaire et Verlaine! Je les ai lus, relus et re-relus mais j’ai une bonne excuse… c’était pour mes études! Et j’en ai une meilleure maintenant… c’est pour mon travail!
    J’ai lu des extraits de Fifty shades of grey (en english, oui m’dame) et franchement… ben je ne vois pas ce qui affole la ménagère anglo-saxonne.

    • Hi hi, la bonne excuse !!! Bon, tu présenteras pas ces poèmes-là à tes élèes, hein !!!
      Je suis contente d’avoir ton avis sur le livre en anglais, car parfois, c’est la traduction qui est mauvaise (genre le titre…) mais là, ça n’a pas l’air de venir que de ça !
      Bises 🙂

  6. J’avoue que Fifty Shades of Grey ne me tente pas du tout non plus… Rien que l’expression « Mummy P0rn » m’évoque une bonne femme au tablier à carreaux qui se redécouvre une libido entre deux lessives (et je te parle pas du mari qui travaille toujours tard le soir… Com’parazard!).
    En plus, le concept de sadomasochisme, très peu pour moi (donc vraiment, je ne comprends pas l’engouement autour de ce bouquin).

    Comme s’il allait démocratiser la littérature X ? Je pense que celle-ci a déjà des adeptes et qu’il suffit de mettre un peu son nez dedans pour trouver largement mieux que Fifty Shades Of Grey. Et puis, comme tu nous l’as si bien démontré, d’illustres feu-auteurs s’y sont déjà essayés il y a belle leuvrette ! Euh non, belle lurette …! D’ailleurs, j’adooore leurs expressions fleuries pour décrire les « chôôôooses ». C’est sûr que c’est plus poétique qu’aujourd’hui !! Mais bon, le potentiel érotique est assez discutable à mon avis 😀

    • Hi hi, « mummy porn », pareil !!! Je rerouvais plus l’expression, merci de me l’avoir donnée !
      Ce qui me fait marrer dans l’histoire, c’est que quand c’est les mecs qui matent/lisent du porno, c’est des porcs, mais quand c’est des femmes, c’est raffiné… Un peu comme pour « Adopte un mec », quoi. Sous couvert d’antisexisme, on fait la même chose à l’envers, je trouve… Pour avoir souvent trainé dans des milieux masculins, ça me « choque » un peu, quoi.
      Je pense que tu me comprends ^^

  7. Bravo!!! J’en avais marre, mais marre, d’entendre des analyses profondes sur cette bouse planétaire, avec jugements de valeur sur les ménagères forcément frustrées…et par contre, ton article m’a donné très très envie de filer en librairie pour trouver le Verlaine (les Fleurs du Mal, c’est mon livre de chevet- Sade, j’accroche moins). Merci merci à toi pour ce magnifique billet!!!

    • Je l’ai pas lu, ce bouquin, hein ! Mais j’avais lu un article dans ELLE y’a déjà une paie, et rien qu’à l’époque ça m’avait fait marrer. Alors tout ce tintouin autour, et voyant que même Monlolo en avait entendu parler, pouf, ça m’a poussée ^^ Pis comme dit Alyzée, le « mummy porn »… alors que si c’était du « daddy porn » on crierait au scandale…

    • Merci beaucoup ! (mais les anglo-saxons sont pas manches non plus question écriture) (mais surtout pour la musique !!!)
      (PS : Magical Mystery Tour, quelle folie, quand même… On délirait comme si c’était la 1ère fois, dimanche ! Par contre, j’ai raté les Ruttles des Monthy Python (dodo), faut que je me fasse ça un de ces quatre…)

    • Hu hu, la Toussaint, c’est mon anniversaire !!! « Tiens chérie, je t’ai acheté des fleurs ! »
      « Ooooohhhhh… des chrysanthèmes… »
      MOUAH HA HA !!!
      Question mouton, je m’y connais, je suis pas la dernière à suivre les tendances, notamment pour les fringues, les vernis à ongle…
      J’ai écrit un article railleur, mais je ne juge pas ceux qui lisent ce livre, car s’il s’en vend tant, il doit bien y voir quelque chose dedans qyui parle au plus grand nombre, et ça, malgré tout, c’est une certaine forme de talent… Tu nous diras ce que tu en as pensé ?

  8. Le dernier truc que j’ai lu dans le genre, c’est « Les exploits d’un jeune Don Juan », de Mirabeau je crois, c’était rigolo et joyeusement paillard ! Mais beaucoup moins bien écrit que les rimes de nos poètes maudits !!!
    Par contre j’ai beaucoup aimé une nouvelle de Claire Fourier intitulée: « Vague conjugale ». 😉

    • Ton Don Juan fait plus envie que celui de Molière (non que celui-ci soit fade, bien au contraire ^^)
      Il y a plein de textes érotiques dans la littérature française, bien écrits et pas graveleux, « rigolo et joyeusement paillard » comme tu le dis si bien (description qui pourrait souvent me convenir !!!). Je me souviens être tombée sur un livre intitulé « Autoportrait en érection », hyper chaud, et très éducatif pour la gente féminine…

      • Pris d’un énorme doute cette nuit, j’ai vérifié ma bibliothèque ce matin, ce n’est pas un bouquin de Mirabeau, mais d’Apollinaire !!! Mille pardons pour cette erreur (mais Mirabeau aussi était amateur de cochoncetés !;))

        • Ha ha ! Appolinaire et les 11000 verges ou chais plus trop quoi ce qu’une coquine de lectrice m’a laissée en commentaire ^^
          Bon en même temps, « sous le pont Mirabeau coule la Seine », normal que tu aies pu confondre les deux !

  9. Ouahahah ! Et dire que j’ai manqué ce billet hier… Vraiment excellent ! Très très drôle.
    Et je ne peux m’empêcher de terminer par un mot tout en subtilité, fin, toussa toussa : Vive la Bourgogne ! ;o) Nathalie

  10. Fifty shades est a la litterature ce que le hot dog d’Ikea est a la gastronomie.

    Il y eu un tel tapage mediatique ici, a croire que les femmes avant d’ouvrir ce bouquin ne savait pas prendre leur pieds. Les pauvres, je les plains!!!

    • Chut, tu vas confirmer les a-priori français sur le sexe à l’anglaise ^^
      (bon en même temps, un peuple qui nous a pondu les Beatles et les Sex Pistols ne peut pas être coincé du derche, c’est juste pas possible… Je crois qu’ils se contentent juste de bien cacher leur jeu 😉 )

  11. Effectivement ils sont hot nos poètes^^
    Alors 50 nuances de grey ou pas… on avait déjà du porno soft (ou pas si soft) dans notre belle littérature !

    • Ca c’est sûr ! Mais peut-être que ce livre répond à un besoin plus… « actuel », l’auteure a dû savoir bien cibler son lectorat ! (rien que ça, c’est une forme de talent, n’empêche !)
      Bienvenue ici, au plaisir ! (je file te découvrir 🙂

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