Leçon de choses #3 : de la propreté

Il y a fort longtemps, lorsque l’ancien gouvernement de Nabot Ier n’avait pas encore saccagé la politique de santé publique de notre beau pays, on me remboursait le voyage mensuel de deux heures aller-retour en taxi pour aller me faire transfuser des anticorps pendant une journée à l’hôpital (maintenant, je dois y aller toute seule en bagnole, et les frais ainsi que la fatigue inhérente, notamment pour le trajet du retour, c’est pour ma pomme) (après, tu trouves peut-être ça normal, mais c’est pas toi qui est tellement fatiguée en rentrant qui risque l’accident de bagnole pour faute d’inattention. Mais bref) (et ne me parle pas des transports en commun, car à la cambrousse, ben y’en a pas).

Une fois, donc, je sors de l’hôpital et rejoins mon taxi qui m’attendait dehors comme convenu avec lui. Je le vois hors de la voiture, toute portes et fenêtres ouvertes, et me doute qu’il y a dû avoir comme qui dirait une couille dans le potage.

ù

La couille en question, si j’puis dire, était le client d’avant, qui avait manifestement des notions d’hygiène corporelle plus que douteuses, si ce n’est absentes, et qui avait empli l’air de la voiture de ses remugles et exhalaisons toxiques diverses et variées émanant des différentes parties de son corps et de ses vêtements ayant quasiment une vie propre (pas comme lui, quoi)

ù

Quelques minutes et coups de bombe aérosol antiseptique plus tard, nous voilà en voiture Simone, entamant la discussion à propos du gros cradingue précédent. Ma chauffeuse me raconte alors que c’est très fréquent, que des gros dégueulasses, y’en a plein, mais plein, quoi ! (d’où la présence même pas inopinée en un seul mot du spray assainissant dans la caisse)

Et elle me raconte notamment l’histoire suivante…

« Un jour, je prends un client (je te rappelle qu’elle est taxi, hein, pas péripatéticienne) que j’avais déjà emmené à l’hôpital il y a quelques temps pour qu’il se fasse opérer de la prostate. C’est un vieux paysan, qu’habite à Foune-les-Bois, tu vois, quoi. Cette fois-ci, je l’amenais pour la consultation post-opératoire. Le Père Machin s’était fait tout beau, il avait sorti la veste et le béret du dimanche, et durant le trajet, j’ai bien vu qu’il était inquiet, tu penses, il sort jamais de sa ferme sauf pour aller au marché de Troudeballetaoune ! Alors arrivés à l’hosto, je l’ai accompagné en lui disant de faire appeler par une infirmière dès qu’il fallait venir le chercher. Je reçois le coup de fil peu de temps après, il était passé super vite !

Je reviens donc le chercher, on remonte en voiture, et je lui demande comment ça s’est passé. Et là, il me répond :

« Ben vain zou, ma Mie, ç’a été vite fait ! Il m’a juste demandé si ça allait, posé deux-trrrois questions… Il m’a même pas ausculté, dis vouââârrr ! Tu t’rrrends compte, hein, ben j’me suis lâvé pourrr rrrien !!!«