« Le cimetière des bateaux sans nom » d’Arturo Pérez-Reverte

« Condamné à la terre ferme, Coy, le marin sans bateau, est pourtant chaviré par une beauté blonde et ravageuse, Tanger Soto, qui l’entraîne dans une chasse au trésor trépidante à la recherche d’une épave remplie d’un chargement mystérieux. Et les ennuis commencent… »

Pour moi qui aime les romans d’aventure, et notamment d’aventure en mer (« L’île au trésor » de RL Stevenson est un de mes livres préférés depuis toujours, je suis amoureuse de Corto Maltese, et une grand admiratrice des BD et livres d’Hugo Pratt, qui a illustré notamment la série en poche chez Grasset des aventures d’Henry de Monfreid), il n’en fallait pas plus pour me plonger dans ce roman d’un des maîtres de la littérature espagnole. Cela dit, j’avais ce livre dans ma bibliothèque car je l’avais eu gratuit pour l’achat de deux autres poches de chez Points.

N’empêche.

Dès le début, la langue surprend. C’est un langage précis, élaboré, qui se savoure plus qu’il ne se lit. D’emblée, on sent qu’il va falloir prendre son temps, que ce livre-là n’est pas un page turner.

Dès le début, l’érudition transpire par les pores du papier. Que l’auteur nous parle des étoiles, de la mer, des bateaux, de la navigation ou de la politique espagnole sous Charles III avec les Jésuites qui trainent par là au travers, on sent que l’auteur a bossé son sujet. Et même si l’on ne comprend pas tout, on lit, lentement, et on sait que de toute manière, le dénouement nous fera comprendre ces passages parfois quelque peu obscurs.

Corto Maltese par Hugo Pratt

Dès le début, on est séduit par les personnages, assez abimés, assez ambigus pour être parfaitement crédibles. On a tout de suite autant de sympathie pour Coy qu’on a de méfiance pour Tanger Soto, trop belle pour être honnête.

Puis on se laisse entrainer avec eux dans cette aventure de chasse au trésor, en Mer Méditerranée, sous le soleil de plomb espagnol.

Et là, le rythme du roman épouse le rythme d’une journée en Espagne : lent.

Trop lent à mon goût. Certes, il est plaisant de savourer doucement une lecture, mais point trop n’en faut. Pendant le tiers du milieu du livre, je me suis un peu ennuyée, la motivation de continuer n’étant due qu’à l’envie de trouver une réponse aux deux questions fil rouge du livre : vont-ils trouver l’épave et sa cargaison mystérieuse, et Coy va-t-il se faire Tanger (ben oui, quand même, quoi) ?

Toutefois, je dois bien avouer que ces pages-là ont été à l’origine d’une des plus belles descriptions que j’aie pu lire, celle de la ville de Carthagène. Savoure…

« Il aimait cette mer qui était aussi ancienne, sceptique et sage que les femmes innombrables qui survivaient dans la mémoire génétique de Tanger Soto. Ses rivages gardaient l’empreinte des siècles, pensa-t-il en contemplant la ville qui avait été célébrée par Virgile et Cervantès, tassée au fond du port naturel entre les parois de rochers qui, trois mille ans durant, l’avaient rendue presque inexpugnable aux assauts des ennemis et des vents. Malgré sa décadence, ses façades décrépies et sales, ses maisons en ruine que l’on ne reconstruisait pas et qui lui donnaient parfois l’allure étrange d’une ville en guerre, la cité vue de la mer était belle, et dans ses ruelles étroites résonnaient encore les pas d’hommes qui s’étaient battus comme des Troyens, avaient pensé comme des Grecs et étaient morts comme des Romains. »

Le passage en gras me chavire à chaque fois que je le lis. Je trouve ces mots et ce qu’ils racontent magnifique…

Carthagène, Murcie, Espagne

Pour résumer, ce livre est un roman extrèmement bien écrit et érudit, qui prend (un peu trop) son temps. On dirait du Victor Hugo contemporain. Cela étant, le rythme s’accélère sur la fin, pour devenir quasiment trépidant ! On a alors les réponses à nos questions, et une fin très réussie qui termine en point d’orgue ce livre qui m’a fait découvrir un auteur très talentueux, ayant notamment écrit un des prochains livre que je vais m’offrir : « Le Club Dumas ou l’ombre de Richelieu », réédité sous le titre « La neuvième porte ».

Oui, comme le navet de Polanski avec Johnny Depp dedans.

Mais que ce film mal tourné et mal joué avait pu m’énerver ! J’avais été énormément déçue que Polanski ait pu faire une telle daube avec pourtant une si excellente idée de départ, un scénario si génial.

C’est qu’à l’époque, je ne savais pas qu’à l’origine, c’était un livre !

Et j’ai désormais la certitude que je vais passer un merveilleux moment, car sous la plume de Pérez-Reverte, il ne saurait en être autrement !

« Le cimetière des bateaux sans nom » d’Arturo Pérez-Reverté, Points