Les maisons sans âme

L’autre jour, j’étais invitée chez une mienne amie pour boire un canon. Cela faisait un an que je ne l’avais pas vue, et entre temps, elle avait emménagé dans sa nouvelle maison, une villa dans un lotissement, avec de la verdure et tout (de toute façon, dans ma région reculée, la verdure, y’en a partout, même sur les trottoirs, les escaliers, les murs, ça pousse comme les poils d’une portugaise) (oui, bon, allez, d’une calabraise aussi) (je te rappelle que je suis calabraise pour moitié) (pour la moitié sud en ce qui me concerne, c’est à dire les jambes et le reste. C’est pas pour rien que j’avais mis « L’Origine du Monde  » de Julien Gustave Courbet comme tableau me représentant dans ce tag)

Mais bref.

J’y suis donc allée avec Crapouillette Ière, pour qu’elle joue un peu avec les filles de la copine.

Effectivement, sa nouvelle maison est vraiment bien, avec de grandes pièces blanches bien lumineuses notamment grâce à la baie vitrée, avec charpente apparente et mezzanine, le tout décoré avec soin et délicatement, dans les couleurs blanc, gris, taupe, rose et rouge, avec des meubles un peu baroques dans un décor bien moderne. Très harmonieux.

Tout s’est bien passé, café, gâteau, blablabla, les gamines ont été sages. On a juste dénombré un oeil crevé, 2 dents en moins et une oreille arrachée. La routine, quoi.

Mais dans la voiture, sur le chemin du retour, je n’arrivais pas à me débarrasser de se sentiment d’avoir été mal à l’aise dans cette maison. Je me demandais à quoi c’était dû.

Les grands murs immaculés me rappelaient-ils l’hôpital ? Non, il y avait des cadres, des photos, des objets aux murs, des plantes…

Avais-je l’impression d’évoluer dans une vitrine de magasin de décoration ? Non, pourtant, des chaussures trainaient dans l’entrée, des jouets des gosses étaient éparpillés dans le salon, un plaid était négligemment jeté sur le canapé, un verre vide trônait sur le rebord de l’évier de la cuisine… Normal, quoi, une maison où il y a de la vie, des gosses.

Ca ne sentait pas mauvais non plus, ni trop bon. Le juste mélange entre la bouffe et les produits d’entretien…

Mais qu’est ce qui avait pu me mettre aussi mal à l’aise, alors ?

Je n’ai pas pu mettre le doigt dessus jusqu’à cet après-midi (soit une semaine après cette visite chez ma copine), en me rendant chez mon tonton et ma tatan qui a 5 ans de moins que moi (le délire des grandes familles !), et qui m’a donc fait 2 cousins germains qui ont 6 et 8 ans, Crapouillette Ière en ayant 5, je te le rappelle. Trop cool.

Et là, j’ai compris lorsqu’une pensée fugace m’a traversée (oui, avec deux organes et demi en moins, je suis pleine de vide, il ya de la place pour me traverser) (Monlolo n’a pas encore réussi, cela dit, mais il y travaille).

Ou plutôt quand m’est revenue en tête une réflexion que Monlolo avait faite dans la voiture en revenant de chez mon oncle et ma tante, qui habitent  aussi une jolie villa neuve et moderne, alors que nous vivons dans une petit maison de village toute biscornue, ancienne grange d’un relais de poste du XIXe.

« C’est bien, chez eux, mais j’aime pas, je m’y sens mal, y’a pas d’âme. »

Je me suis souvenue qu’on avait cherché de quoi ça venait dans la voiture, sur le chemin du retour, et on avait trouvé.

Source: greigedesign.blogspot.com via Candice on Pinterest

Source: createfindadmire.tumblr.com via Kelly on Pinterest

       Il n’y avait pas de livres.